Le swahili, de la côte de l'océan Indien à l'Union africaine

Le mot swahili vient de l'arabe sawāḥil, « les côtes ». Il désigne à l'origine les habitants du littoral est-africain, de la Somalie au Mozambique, et la langue qu'ils parlaient. En quelques siècles, cette langue côtière est devenue la langue commune de toute l'Afrique de l'Est. Son histoire explique beaucoup de ses particularités.

Une langue bantoue née du commerce

Le swahili est une langue bantoue, de la même famille que le lingala, le zoulou ou le kikuyu. Sa grammaire — classes nominales, verbes construits par préfixes — est entièrement africaine. Mais pendant plus d'un millénaire, la côte de l'océan Indien a été un carrefour commercial : marchands arabes, persans et indiens y venaient chercher l'or, l'ivoire et les épices, portés par les vents de la mousson.

Ces échanges ont laissé un vocabulaire très riche en emprunts. De l'arabe viennent par exemple kitabu (livre), safari (voyage), habari (nouvelles) ou saa (heure). Plus tard sont arrivés des mots portugais comme meza (table), allemands comme shule (école) et anglais comme baisikeli (bicyclette).

Les nombres racontent cette double origine : moja, mbili, tatu (un, deux, trois) sont bantous, tandis que sita, saba et tisa (six, sept, neuf) ainsi que les dizaines à partir de vingt (ishirini, thelathini) viennent de l'arabe.

Une langue écrite depuis des siècles

Contrairement à une idée reçue, le swahili n'est pas une langue de tradition uniquement orale. Il s'est d'abord écrit en caractères arabes, et une riche poésie s'y est développée. L'un des plus anciens manuscrits connus, l'Utendi wa Tambuka, un long poème épique, date de 1728.

L'alphabet latin s'est imposé au XIXᵉ siècle, avec les missionnaires puis l'administration coloniale. En 1930, un comité regroupant les territoires britanniques d'Afrique de l'Est a choisi le dialecte de Zanzibar, le kiunguja, comme base du swahili standard enseigné aujourd'hui.

De langue côtière à langue nationale

Les caravanes commerciales du XIXᵉ siècle ont porté le swahili loin à l'intérieur des terres, jusqu'aux Grands Lacs et à l'est du Congo actuel. Mais c'est après les indépendances qu'il a pris sa dimension actuelle.

En Tanzanie, le président Julius Nyerere en a fait la langue nationale, un outil pour unir un pays de plus de cent groupes ethniques. Lui-même a traduit en swahili deux pièces de Shakespeare, Jules César et Le Marchand de Venise. Aujourd'hui, le swahili est langue officielle en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda, largement parlé en RD Congo, au Rwanda et au Burundi, et l'une des langues de travail de l'Union africaine. Depuis 2022, le 7 juillet est célébré comme Journée mondiale de la langue swahilie, proclamée par l'UNESCO.

Des mots que vous connaissez déjà

Sans le savoir, vous connaissez sans doute quelques mots de swahili, souvent grâce au cinéma :

SwahiliSens
simbalion
rafikiami
hakuna matatapas de problème
safarivoyage
jambobonjour (surtout employé avec les visiteurs)
asantemerci

Au quotidien, les Tanzaniens et les Kényans se saluent plutôt avec Habari ? (« des nouvelles ? »), auquel on répond Nzuri (« bien »). Entre jeunes, on entend Mambo ? ou Vipi ?. Et pour saluer une personne âgée avec respect, on dit Shikamoo, à quoi elle répond Marahaba.

Pourquoi le swahili est accessible

Pour un francophone, le swahili a deux grands atouts. Sa prononciation est entièrement régulière : on lit les mots comme ils s'écrivent, avec des voyelles pures, et l'accent tombe presque toujours sur l'avant-dernière syllabe. Et il n'a pas de tons, contrairement à la plupart des langues bantoues.

La difficulté se concentre sur les classes nominales, qui demandent un peu de pratique, et sur la construction du verbe, qui assemble plusieurs éléments en un seul mot : ni-li-ki-soma, « je l'ai lu », se décompose en sujet + temps + objet + racine. Une fois ce mécanisme compris, la langue devient remarquablement logique.

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